Le coronavirus promet une année compliquée pour Square Enix

Square Enix a annoncé aujourd’hui ses résultats financiers pour l’année fiscale dernière, dite 2020 car elle a commencé le 1er avril 2019, mais s’est terminée le 31 mars dernier. Pour l’éditeur, cet exercice contient une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise, c’est que les ventes sont inférieures à celles enregistrées l’année dernière (260,5 milliards de yens en 2020 contre 271,2 en 2019, soit 2,25 millards d’euros contre 2,34), la principale raison à cela étant l’absence de grosses sorties sur consoles en dehors de Dragon Quest XI version Switch. Alors que Final Fantasy VII Remake devait à l’origine clore l’exercice sur une belle note en mars, son report à avril l’a fait passer à l’année fiscale actuelle – bien que Square Enix ait inclut dans ses résultats les ventes générées par les premiers exemplaires envoyés sur le marché de la distribution du fait de la décision de l’expédier plus tôt dans le contexte du Covid-19.

La bonne, c’est que, contrairement à ce qu’il espérait initialement, l’éditeur a annoncé un résultat brut d’exploitation bien supérieur à celui de l’an dernier : 32,7 milliards de yens en 2020 contre 24,6 en 2019, soit 282 millions d’euros contre 212. Cela signifie que, quand bien même il s’en est moins vendu en termes d’exemplaires, les jeux ont rapporté plus d’argent. Square Enix peut notamment remercier ses deux MMORPG, Final Fantasy XIV et Dragon Quest X, qui ont chacun vu le lancement d’une nouvelle extension, ce qui s’est répercuté de manière positive sur le nombre d’abonnés mensuels. De même, l’éditeur se réjouit du succès des jeux mobiles Romancing SaGa Re;universe et surtout Dragon Quest Walk, dont la popularité au Japon – seul pays où il est disponible – ne semble pas se démentir.

Seulement voilà, l’année fiscale 2021 dans laquelle nous nous trouvons est exceptionnelle à plus d’un titre. Car si elle doit marquer le lancement de la nouvelle génération de consoles avec la PlayStation 5 et la Xbox Series X, un indésirable s’est invité à la fête : le nouveau coronavirus, qui a (officiellement) touché deux employés japonais de Square Enix et contraint les développeurs à un basculement inattendu en télétravail généralisé au début du mois d’avril.

Les choses sont d’autant plus gênantes pour le P.-.D.G. Yôsuke Matsuda que celui-ci comptait précisément sur cet exercice fiscal pour atteindre un impressionnant rythme de croisière qui verrait le résultat brut d’exploitation osciller entre 40 et 50 milliards de yens – un niveau jamais atteint jusque-là – grâce à la présence dans son catalogue de plusieurs superproductions (dont le jeu Avengers de Crystal Dynamics) et à l’adoption plus grande du game as a service pour garantir une source de revenus constante. Mais devant l’incertitude provoquée par le Covid-19, l’éditeur a tout simplement renoncé à proposer une projection des résultats prévus pour l’année fiscale 2021, comme il le fait traditionnellement – tout en promettant à ses actionnaires de publier une telle estimation dès qu’elle pourra être établie.

Les motifs d’une telle incertitude sont multiples. Square Enix a principalement relevé que la crise provoquée par le coronavirus risque d’entraîner une récession mondiale qui aura un impact sur la demande, la production et la distribution des jeux en boîte, mais aussi sur les capacités de travail des sous-traitants qui contribuent actuellement au développement de ses titres à venir. Les ajustements nécessaires et les limitations évidentes provoquées par le télétravail entraînent inévitablement un ralentissement des activités, comme on a pu le constater avec FFXIV, dont la prochaine mise à jour sera lancée avec un retard d’au moins un mois par rapport à la date initialement envisagée.

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L’annulation des différents salons de jeu vidéo – de l’E3 en juin au Tokyo Game Show en septembre en passant par la gamescom en août – est une autre entrave pour les éditeurs, qui ne peuvent pas compter sur ces grands événements pour lever le voile en grande pompe sur leur catalogue futur. Après avoir d’abord annoncé examiner diverses possibilités en guise de remplacement, Square Enix a finalement indiqué aujourd’hui que, contrairement à d’autres éditeurs, il ne proposera pas de conférence virtuelle lors de la saison des salons, à cause de la difficulté de préparer à temps les médias nécessaires pour effectuer une telle présentation. À la place, les différents titres seront révélés l’un après l’autre, selon un calendrier qui n’a pas été précisé. Néanmoins, il est tout à fait possible que les révélations les plus majeures fassent partie des événements en ligne de Sony ou de Microsoft.

Il n’en reste pas moins que cette situation difficile est d’autant plus dommageable que l’avenir était jusque-là plutôt radieux pour Square Enix, qui a dans ses cartons un certain nombre de projets majeurs pour les consoles de salon, y compris celles de la prochaine génération.