Éditorial : cultiver les théories, c’est faire vivre les jeux

C’est donc entendu : Gogo n’est pas Darill déguisée, les Chevaliers de la Table ronde ne sont pas les Cétras qui ont vaincu Jénova la première fois, Squall ne meurt pas à la fin du CD1 et Linoa n’est pas Ultimecia. C’est en tout cas l’avis de Yoshinori Kitase, qui a répondu aux interrogations du site Kotaku à propos de quelques-unes des théories les plus tenaces de fans de Final Fantasy. Sa parole pèse évidemment beaucoup : il était réalisateur des trois jeux concernés – FFVI, VII et VIII – et son rôle a toujours été plus près du scénario que des systèmes de jeu. « Les gens se remuent un peu trop les méninges et cherchent un peu trop à lire entre les lignes », se permet même Kitase, ce en quoi il est difficile de le contredire. Mais faut-il l’entendre comme un reproche ou une critique ?

Fondamentalement, ces théories partent du principe qu’il existe une intention cachée « entre les lignes », comme le dit Kitase. Malgré toute l’admiration que je peux avoir pour les concepteurs de Final Fantasy, je dois pourtant admettre que les joueurs surestiment beaucoup leurs capacités à produire volontairement des récits capables de renfermer des sous-textes aussi complexes. Il faut bien voir qu’à l’époque de Final Fantasy VIII, Yoshinori Kitase expliquait déjà avoir voulu que l’histoire du jeu reste assez simple et légère, car il avait eu écho de critiques selon lesquelles le scénario de FFVII était trop compliqué ; voilà des bougres tout de même bien sensibles ! Difficile alors de l’imaginer couver en parallèle des interprétations subtiles cachant le fait que les 2/3 du jeu ne sont qu’un rêve ou que la grande méchante n’est autre que l’héroïne, sans jamais que cela soit expressément annoncé. De telles informations, si elles étaient vraies, ferait pourtant certainement l’objet du rebondissement majeur du jeu. En fin de compte, la clé se trouve peut-être dans cette affirmation : FFVIII est tout simplement parfaitement baroque.

Cette idée selon laquelle il existe un secret finement entrelacé dans des jeux aussi copieux me paraît aussi témoigner d’une méconnaissance de leur processus créatif. Ce sont des projets impliquant des équipes de plusieurs dizaines de personnes et connaissant de nombreux changements tout au long de leur genèse : les histoires sont habituellement imaginées de façon globale par le réalisateur et les différents planificateurs qui l’entourent, puis restituées sous forme de scénario par une ou plusieurs personnes, qui doivent également s’accorder avec tous les autres départements. Le travail de planification – de game design selon le vocabulaire des studios occidentaux – se fait scène par scène, chacune étant conçue par des personnes différentes. Le scénariste Kazushige Nojima racontait lui-même à quel point, pendant le développement de FFVII, il passait son temps à courir derrière les autres créateurs pour leur arracher les informations dont il avait besoin pour écrire ses textes. Mais comme il s’entendait mieux avec certains qu’avec d’autres, il ne pouvait pas toujours demander des changements aux endroits qu’il voulait. L’écriture d’un jeu, c’est avant tout une grande histoire de négociations et de concessions ; et pour ses concepteurs, le plus crucial reste d’arriver à faire le tri dans toutes les idées pour ficeler l’essentiel.

Ce qu’il y a de merveilleux avec les théories des fans, c’est qu’elles sont le plus souvent parfaitement invérifiables, tant elles sont basées sur un faisceau de preuves parfois bien mince. Nous vivons cependant une époque intéressante, où les créateurs des jeux en question sont plus accessibles que jamais et sont disposés à confirmer ou infirmer de telles théories, à condition que la question leur soit posée. L’une des plus récentes d’entre elles concerne la fin de FFXV, et Hajime Tabata a d’ores et déjà donné la réponse lors d’une rencontre avec des fans à Cologne. D’un côté, c’est plutôt bien, car les choses ont le mérite d’être claires. Mais quelque chose en moi pense que, d’un autre côté, c’est tout de même dommage. Je suis personnellement très friand des fins ouvertes et des interprétations libres : la toute dernière image de FFX m’a toujours semblé en trop (ne me parlez pas de la « fin parfaite » du X-2, qui n’a de parfaite que le nom), j’aime énormément la fusion métaphorique des planètes à la fin de FFIX, et j’ai trouvé que vous-savez-quelle-scène de la conclusion de FFXV faisait preuve d’un charmant symbolisme.

FFVIII - Amano 2

La théorie selon laquelle Ultimecia serait Linoa dans le futur est l’une des plus connues et des mieux documentées, si bien qu’en 2005 déjà, j’avais profité de la venue de Nojima à Paris pour lui demander son avis en conclusion d’une interview. Semble-t-il interloqué, le scénariste de FFVIII m’avait signifié que ce n’était a priori pas le cas, ce en quoi il rejoignait l’avis de Kitase. Il s’était même autorisé une boutade surprenante : s’il y avait un lien, c’était peut-être parce que « toutes les femmes sont des sorcières » – des propos qui n’engagent évidemment que lui. Rétrospectivement, je regrette presque de lui avoir posé la question, mais c’est sans doute parce que je ne croyais pas du tout à cette théorie et que je voulais en avoir le cœur net pour clouer le bec de mes contradicteurs. Finalement, je n’ai quasiment pas partagé l’information, et le fait que la théorie soit vraie ou fausse ne me tourmente plus depuis longtemps.

Il me semble en fait que, traumatisés par les couperets tels que celui qui vient d’être abattu par Yoshinori Kitase, beaucoup de personnes ne parviennent pas à se convaincre qu’il est tout à fait naturel qu’une œuvre dépasse le cadre imaginé par ses créateurs, quoi qu’en pensent ces derniers. C’est d’ailleurs un constat doublement positif : il signifie d’un côté que l’œuvre en question est suffisamment bien ficelée pour que ceux qui l’étudient arrivent à y tisser des liens inattendus et imprévus, et de l’autre, que le public se l’est pleinement appropriée. L’histoire de l’art est truffée d’interprétations a posteriori, du vivant des artistes ou non, et il revient à chacun de juger si elles sont crédibles ou aberrantes : la théorie selon laquelle Squall meurt à la fin du CD1 me semble grotesque tant elle ne sert strictement aucun propos, là où celle d’Ultimecia et Linoa est assez séduisante, malgré ses fragilités. Pour citer un autre épisode, je serais volontiers prêt à défendre la théorie alternative concernant Vayne dans FFXII, que j’évoquais dans mon analyse des thématiques du jeu.

En définitive, c’est parce que les joueurs se sont pleinement appropriés ces jeux que les créateurs devraient selon moi laisser planer le mystère, car faire cogiter les fans est le meilleur moyen d’entretenir l’intérêt pour la série pendant toutes ces années. C’est en tout cas un moyen bien plus intéressant que de produire des jeux spécifiquement conçus pour recevoir d’incessantes références criardes et racoleuses, comme le sont toutes ces productions volages sur plateformes mobiles… Bref, continuons à cultiver les théories : c’est là toute la saveur des œuvres de l’esprit !


Par égard pour les autres visiteurs, pensez à préciser clairement les spoilers que vous pourriez énoncer dans les commentaires ci-dessous. Merci !

  • Aliena Starseeker

    Je trouve la réaction de Kitase étrange, voire un peu condescendante sur les bords : les Japonais se sont tout de même fait une spécialité de créer des scénarios alambiqué et doté parfois de plusieurs niveaux de lecture. L’exemple le plus criant de ses scénarios complexe restant sans doute le « Ghost in the Shell » de 1995, ou encore la série Evangelion. Je me souvient que les créateurs de cette série ont admit avoir utiliser la mythologie Catholique pour la toile de fond de la série uniquement parce qu’ils la trouvaient « cool » et qu’ils en auraient choisit une autre s’ils avaient connu la réaction des fans, qui ont rechercher de nombreux niveaux de lecture.

    Si certaines théories furent contredites au fil des années (bien que Square a très souvent joué avec, Linoa = Ultimecia avait été contredit bien avant que la seconde ne reçoivent des répliques de la première dans le premier Dissidia), d’autre restait parfois sujette a caution (celle de Gogo pour FFVI il me semble). Dans le fond, plutôt que d’être si froid (d’autant plus que ce sont eux dans l’Ultimania qui ont créer le lien entre le Shinra de FFX-2 et la compagnie de FFVII, donc question « réfléchir trop loin »…) dans la description du processus créatif, même si l’honnêteté est tout a leurs honneurs, peut-être devrait-il conserver la part de mystère sur ses questions, après tout, nourrir la légende ne fait parfois pas de mal, et fait vivre une œuvre.

    Pour ceux qui seraient déçu d’apprendre que ses théories ne sont pas vraie, je vais citer l’exemple de Bernard Werber, le créateur des Fourmis. Pour lui, une fois que l’on publie une œuvre, le public se l’approprie, ce qui signifie qu’il en fait ce qu’il veut, et même un créateur ne peut rien faire contre cela. C’est bien entendu personnel, mais je pense qu’il est plus sain parfois de rêver plutôt que de rechercher le « sacrosaint canon » souvent pas a la hauteur du mythe.. Après tout, ne continuons nous pas a suivre des histoires pour rêver, ou nous interroger, nourrir notre imaginaire ? Il n’y a aucun mal a cela.

    • Sandro Ponzetta

      Très juste et si bien dit!
      Ça me fait penser au cas Star Wars. D’une certaine manière quand George Lucas a réalisé et projeté ses/ces films, ils sont devenus parties intégrantes de l’imaginaire collectif. Dès ce moment, de nombreux auteurs se sont appropriés l’univers et l’ont agrémentés d’un grand nombre d’histoires et de background supplémentaires. L’ancien « Univers Étendu » a alors été créé non pas par la seule main de Lucas, mais bel et bien par de nombreuses autres personnes, Lucas n’ayant « que » le droit d’officialiser telle ou telle œuvre,

      Bon, cet exemple n’a plus vraiment sens depuis le rachat de Disney…

      • Aliena Starseeker

        D’une certaine façon, cela marche toujours : si Disney a effectivement décider de « rebooter » l’univers étendu afin d’avoir le champ libre pour faire ses films, il a également lancer une nouvelle série de romans, comics, jeux vidéos, etc… Pour l’aspect marketing et générer encore plus de revenu, ce qui était déjà le cas de l’ancien UE.

        La différence ? Si Georges Lucas n’avait pas beaucoup d’affinité avec l’UE et ne le considérait pas comme contraignant pour lui (Coruscant n’a été sauvée dans l’épisode I que parce que son producteur historique a lourdement insisté pour qu’il la conserve), il s’en est souvent servit comme inspiration et le considérait avec bienveillance, là ou Disney n’y voit qu’un moyen de s’en inspirer pour générer du pognon en faisant des gros clin d’œil bien gras pour les plus connaisseurs (Le Mandator IV dans l’épisode VIII par hasard ?)

        Enfin, je vais éviter de m’étaler sur Star Wars, ou je vais finir par me mettre en colère…

      • Lanhalt

        Y’a quand même un truc avec l’Univers étendu Star Wars qu’il ne faut oublier : Il a jamais vraiment été canon. Lucas avait juste un droit de regard pour qu’on ait pas tout et n’importe quoi qui soit estampillé SW. Pour citer Timothy Zahn (qui est le premier a avoir écrit pour l’univers étendu avec sa trilogie Thrawn) en 2016 :

        “We just don’t have it as official [canon]—except it never really was
        official, in the sense that it was [set] in stone,” he said. “It was
        always something [George] Lucas could override at any time. And in fact,
        everybody who had written stuff about Boba Fett watched that backstory get demolished in the prequel trilogy.”

        Et c’est quelque chose qu’il avait déjà dit à plusieurs reprises. Il me semble même que c’était même indiqué dans la préquelles des premières édition de de ces romans. Bien sur, avec le temps, certains éléments ont été repris, un peu à volonté.

        • Sandro Ponzetta

          Je confirme tes dires. Effectivement j’ai lu tout récemment cette fameuse « Trilogie de Thrawn », également appelée « La croisade du Jedi fou » et je l’ai trouvée vraiment pas mal du tout. Néanmoins, déjà à cette époque certains éléments ne correspondaient plus aux éléments que l’on pouvait voir dans les films. Je pense notamment à Mara Jade qui déclare que Dark Vador / Darth Vader a perdu son bras dans la bataille de Yahvin alors que dans les films…. bah… pas du tout.

          • Aliena Starseeker

            Il y avait déjà des incohérences entre plusieurs œuvres de l’UE sans même avoir besoin de se tourner vers les films de toute façon, c’était devenu si vaste que beaucoup se sont perdu en route. Ceci dit, il ne faut pas trop prendre les propos d’un Zahn en 2016 comme argent comptant, alors que Disney essaye de faire oublier qu’il a dégager Lucas manu-militari de l’épisode VII afin de pouvoir faire son « remake de l’épisode IV » et donc qu’il a tout intérêt a décrédibiliser le bonhomme aux yeux des fans. D’ailleurs, dans le dernier romans paru sur Thrawn de Zahn sert avant tout a ramener le personnage vers ce qu’il était a l’origine en gommant toutes les incohérences avec son caractère créer dans Rebels.

            Mais il est vrai que Lucas ne s’était que peu préoccuper de l’UE lorsqu’il travaillait sur quelque chose, bien qu’il y piochait ce qu’il trouvait intéressant. Il voulait inclure Darth Talon dans l’Épisode VII, et Aalya Secura est finalement apparu dans les films après son succès en comics. Les sabres-lasers a poignée recourbée comme celle de Dooku sont également issue de l’UE a l’origine. Finalement, son seul dérapage aura été The Clone Wars et les Mandaloriens pacifistes.

          • Lanhalt

            Ben pour la déclaration de Zahn, je suis quasi sur qu’il avait déjà dit la même chose avant le rachat. Je me rappelle avoir lu qqch du même genre qui datait de la fin des années 90, au moment où ils ont annoncé la prélogie. Cependant, j’ai pas retrouvé de sources exacte, donc à défaut, j’ai pris les déclarations de 2016.
            Et j’ai pas trouvé le coup des Mandaloriens pacifistes si horrible. En fin de compte, y’a une certaine cohérence, quand ils se sont entretués pendant des générations, c’est pas illogique de voire des gens qui veulent aller contre ça. Et même dans ce camp, y’a pas mal de gens qui semblaient prêt à changer d’avis dès que le vent aurait tourné. Suffit de voir ce qui est arrivé à la mort de Satine, les vrai pacifistes étaient minoritaires, les autres y trouvaient leur compte.

          • Aliena Starseeker

            Il avait évoqué la surprise agréable pour lui de retrouver Coruscant tel qu’il l’avait installé dans l’épisode 1. Toutefois, ce n’est pas Lucas qui a choisit de l’intégrer. Peu de monde s’en rend compte, mais Lucas n’avait pas le contrôle total de ce qu’il faisait durant la Prélogie, notamment parce qu’il réalisait lui-même qu’il n’était pas parfait dans tous les domaines de la réalisation. C’est son producteur historique qui a lourdement insisté pour que Coruscant reste, dans un soucis de continuité pour les fans.

            Pour les Mandaloriens pacifistes, il ne faut pas te faire d’illusion, si Satine est morte et la faction des pacifistes écrasé, c’est bien parce que les fans ne l’ont pas accepté que l’affaire a pris des proportions incroyables suite au ragequit en règle de Karen Traviss (tant mieux pour les joueurs X Box, grâce a cela, elle a écrit le scénario de l’excellent Gears of War III).. Si en Europe, cela peut sembler suréaliste, il faut savoir que les Mandaloriens ont vraiment une grosse communauté de fan aux USA et de ce fait, nombre de détails, présent encore aujourd’hui (les Clans transformer en maison noble, l’orientation asiatique, qui était l’apanage des Jedi et Sith, alors que les Mandaloriens versaient jusqu’ici dans des traditions plus tribale) fâche. La question du « Jedi Mandalorien » n’a d’ailleurs sans doute pas fini de diviser…

  • Gaël 42

    Je comprends le propos et il est intéressant, argumenté…et je dirai même, sage.

    Mais personnellement, j’ai beaucoup de mal à être tolérants envers les théories. Et pas seulement dans le jeu vidéo mais aussi dans les films, les livres et autres. Parce que l’immense majorité du temps, je les trouve complètement idiotes. Et ça m’énerve de voir les gens les défendre.
    Je trouve que les gens ont une tendance à voir des liens partout, surtout là où il n’y en a pas et ça aussi, ça m’agace.
    Enfin, il y a ceux qui disent que « c’est une fiction, on peut faire ce qu’on veut » et je suis contre cette idée : une fiction se doit d’avoir une cohérence interne et on doit la respecter. Aussi bien les fans que l’auteur. Car l’auteur aussi peut faire de la grosse m*rde (et là, je pense direct à JK Rowling qui a osé dire « Je n’ai jamais dit qu’Hermione n’était pas noire » pour justifier lamentablement une incohérence énorme de la soit-disant 8ème aventure de Harry Potter).

    En bref… Je n’ai rien contre les théories si on assume qu’elles ne sont que ça : des théories. Et que les « preuves » qu’on trouve sont surtout des éléments qu’on « force » pour que ça colle.

    Du coup, je suis plutôt content que Kitase ait dit le fin mot de l’histoire. Même si ça n’empêchera pas certains de continuer de croire en cette théorie avec des prétextes du genre « Il n’est pas le scénariste, il n’en sais rien en fait, etc ».

    • Aliena Starseeker

      Pour information, j’ai demander a un ami qui était entrain de relire la saga Harry Potter s’il était mentionné un moment ou un autre qu’Hermione était blanche dans la série, et la réponse fut « non » : la société anglaise étant multiculturel, la position de J.K. Rowling se défend parfaitement, Hermione pourrait très bien être noire que cela n’aurait rien de choquant. Elle aurait également très bien put botter en touche en affirmant que permettre a une actrice noire de pouvoir donner ses traits a un rôle aussi célèbre permettait de pouvoir défendre une cause qui lui est cher, a savoir la représentation des minorité visible dans la fiction, quitte a sacrifier une partie de la sacrosainte cohérence. Mais il est tout de même amusant qu’après avoir cloué au piloris les films Harry Potter parce que oh mon dieu, il manquait le détail de la ligne 42 de la page 154 du livre 6, voilà que le choix d’une actrice n’est critiqué que par une incohérence avec les films, et non le livre d’origine…

      En te montrant aussi rationnel, tu perd toutefois quelque chose d’essentiel : l’humain a besoin de se nourrir de l’imaginaire et est toujours a la recherche de légende ou de mythe qui seront capable de le faire rêver, même si ce n’est pas vrai. C’est cela que vient nourrir les légendes urbaines sur le cinéma, les jeux-vidéos, les animés, les comics… Certains auteurs ont très bien compris l’intérêt de ses mythes : ils permettent de faire vivre leurs œuvres, et de renforcer la légende. Alors certes, je ne dis pas qu’une œuvre de fiction peut se permettre d’être incohérente dans son récit, mais cela n’empêche pas pour autant certaine chose alternative de se développer parfois, et ce n’est pas mal.

      Prenons un exemple de cinéma : Blade Runner : Ridley Scott et Harrison Ford ne sont jamais parvenu a s’entendre sur le fait de savoir si Deckard est un humain ou un Répliquant, les robots de cet univers. Pour Ford, c’est un humain, pour Scott un Répliquant. Dans le film, cette question n’est jamais tranché, Scott a eu beau affirmer dans ses making off qu’il s’agissait d’un Répliquant, le débat fait toujours rage entre les fans et la sortie du nouvel opus a promis de jouer avec ce débat ! Une manière intelligente d’exploiter un débat qui a secoué les fans autant que l’équipe même de production du film ! Cela ne donnera peut-être rien de bien au final, mais s’en servir est une bonne idée, bien que je pense que la meilleure façon de s’en servir est… De laisser la question ouverte, afin de créer le « mindfuck » ultime !

      Après, les théories reflètent souvent des problèmes dans la production d’une œuvre : dans le cas de Final Fantasy VIII, c’est bien l’absence d’élément sur Ultimécia qui a amené aux développements de la théorie Linoa = Ultimécia, faciliter encore par le montage particulier de la fin, dont le symbolisme permet plusieurs niveaux de lecture, ainsi que le voyage dans le temps, dont les règles varie d’une œuvre a une autre et qui ne sont jamais fixée dans FFVIII, permettant pas mal d’exploitation. Les FF sont des univers riches, et entretenir ses légendes renforcent l’image de marque de la franchise, lui permettant d’entrer dans la légende de son genre.

      Alors certes, moi aussi je trouvais certaine théorie alambiqué, ou qui heurtait simplement la compréhension que j’avais d’un épisode, mais pour autant, je sais aussi ce qu’elles apportent a Final Fantasy en tant que licence, et pour cela, je ne prendrais jamais le parti de les condamner ou les renier, parce qu’il n’y a rien de mal a vouloir rêver et faire travailler son imaginaire, même lorsque l’on a dépasser 15 ans depuis longtemps (la preuve, j’en ai le double !)

      • Gaël 42

        Je suis navré mais le coup de « le livre n’a jamais dit le contraire », c’est du sophisme pur et simple. Ça n’a aucune valeur. Hermione est blanche dans le livre, point barre.
        Si elle avait été noire, ça aurait été indiqué dès son apparition, pour qu’on ait une image précise d’elle au moment où on la découvre.
        Et puis, il y a des personnages noirs dans Harry Potter (Kingsley ou Angelica) et là, c’est indiqué. Il est totalement absurde qu’on prenne le soin de préciser que des personnages secondaires sont noirs sans jamais l’indiquer en 7 livre pour l’un des p*tains de personnages principaux. Faut pas déconner, sérieux.

        Ensuite, je n’ai aucun problème avec le fait qu’une actrice noire joue Hermione, que ça soit en film ou en pièce de théâtre ou même en jeu vidéo. Parce que là, on serait dans une « adaptation ». Seulement, la pièce se vend comme étant dans la continuité des livres.
        Alors, j’aurai préféré que JK Rowling soit honnête et qu’elle dise plutôt un truc comme « Oh mais ça ne change rien que Hermione soit noire » plutôt que de sous-entendre que c’est canon. Parce que là, c’est malhonnête, c’est tout.

        Et je n’ai pas dit que les gens n’ont pas le droit d’imaginer. Je dis juste que ça n’est pas une raison pour se faire aveugler par cette imagination.

        • Lanhalt

          J.K. Rowling n’a jamais été très honnête quand il s’agit d’admettre les problèmes de continuité. Mais si je me lance là dedans, j’vais encore descendre le volume 7. Cependant, j’ajouterais que même si ce n’est pas écrit clairement, les description dans les romans sous entendent clairement qu’elle est blanche. C’est plus des arguments de traits ethnographiques (sur ses cheveux, particulièrement) qui laissent sous entendre

          Mais je te rejoins, j’aurais préféré. On s’en fout qu’est ce que ça change, qu’une espèce de pirouette de plus.

  • ExDeathVoid

    Yoshinori Kitase a tout même évoqué le fait que certaines théories étaient intéressantes et si FF VIII Remake est prévue, il réfléchirait a en inclure certaines. Le fait que Squall meurt au CD 1 peut être intéressant dans un Remake, en changeant un peu le scénario ou mieux encore le fait qu’il meurt continuellement dans la faille temporelle>transformation de Linoa en Ultimecia qui revit ainsi plusieurs cycles temporels pour briser cette malédiction

  • MaTTh

    Encore une fois un article intéressant et original ! Merci pour l’angle de recherche et d’ouvrir un débat peu ou pas étudié .

    A l’inverse de Gael, je trouve souvent intéressant les interprétations de fan sur les œuvres et certaines sont souvent bien pensé et argumenté ! Personnellement je trouve que ça a l’avantage de stimuler l’imagination et de justement faire vivre l’œuvre. A l’inverse je trouve dommage que Kitase dans le cas présent ou Tabata se donnent la peine de casser un peu les délires ou les théories … c’est à la limite condescendant comme attitude et ça n’apporta pas grand chose. Par exemple, le coup des chevaliers de la Table Ronde ajoute un background intéressant et même si ca n’as pas été pense comme ça par les créateurs ben les fans en font quelquechose d’inscrit dans le contexte !

  • Coperpic

    Rien de nouveau, et il n’y a pas que Bernard Werber qui pense ça^^ : il est laaaargement admis que toute « oeuvre de l’esprit » dépasse toujours son créateur, que son public se l’approprie en recevant de manière plus ou moins différente ses effets de sens, que ceux-ci aient été voulus ou non par le créateur.

    Parce qu’il s’agit toujours de ça au final : quelles qu’aient été les intentions du créateur d’une oeuvre et sa « maîtrise » plus ou moins totale de celle-ci, elle aura toujours des effets de sens imprévisibles, dus notamment au récepteur, à sa sensibilité, à son histoire personnelle, au contexte de réception, bla bla bla etc.

    D’où l’inutilité totale d’ailleurs pour les créateurs de « mettre un point final » aux interprétations, puisque celles-ci ne peuvent pas cesser.

    Reste encore à justifier ces interprétations bien sûr… Je suis aussi d’accord sur le fait qu’on nage généralement dans le délire dans le cas des FF par exemple : faut plus prendre ces théories pour de la distraction qui permet comme le dit l’article de se replonger dans le bain ou d’observer le scénario sous un autre oeil, que comme « révélation d’un pan caché du jeu »…^^

  • J’ai eu ma première « claque » avec le film Sunshine : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=61262.html

    Je m’étais monté une théorie vraiment séduisante et recoupée par divers fait sur quelque chose de vraiment bien pensé et amenant à une réflexion profonde…

    …pour découvrir, en regardant les commentaires du réalisateur à la recherche de « ma vérité » qu’en fait, l’explication du truc, c’est « qu’il avait trouvé ça marrant »…

    Bref. Tant que vous faites la différence entre « croire » et « savoir » alors je vous encourage à vous évader un peu et partager « vos croyances » du mieux que vous le pouvez sans jamais affirmer que c’est « un savoir ».