FFXIV : l’échec de la première version raconté par un documentaire

La chaîne YouTube Noclip a récemment mis en ligne un documentaire en trois parties revenant sur le destin tragique de la première version de Final Fantasy XIV et sur la résurrection du projet pour en faire le remarquable MMORPG que nous connaissons actuellement. Ce documentaire, que vous pouvez regarder ci-dessous, est principalement basé sur de longs entretiens avec quelques membres importants de l’équipe de développement, à commencer par Naoki Yoshida bien sûr, ce qui le rend particulièrement authentique.

La première partie, la plus longue, revient sur le lancement de FFXIV 1.0 et donne quelques explications sur les raisons de son échec. La deuxième s’intéresse à la période de transition entre cette version et la refonte intégrale. La troisième, la plus courte, parle principalement de la réussite d’A Realm Reborn et des extensions qui ont suivi, mais aussi de l’héritage désormais porté par le jeu. Cette partie donne très longuement la parole à Yoshida, ce qui lui permet de glisser à la toute fin quelques pistes sur ce que l’avenir nous réserve. Ce n’est pas la première fois qu’il aborde ce sujet (voyez par exemple cette précédente interview), mais il semble plus décidé que jamais à endosser un second projet majeur à côté de FFXIV.

Les vidéos sont en anglais. Vous pouvez activer les sous-titres de YouTube, avec l’option de les conserver pour l’intégralité des intervenants ou seulement ceux qui s’expriment en japonais.

  • Gruic

    « Particulièrement authentique ». En l’absence totale d’interview de Tanaka-san, le tout me parait davantage orienté que authentique.

    • Jérémie

      Je suis d’accord que l’absence de Tanaka est regrettable, mais le documentaire étant manifestement réalisé sous la bienveillance de Square Enix, il me semblait difficile de l’y retrouver ; je ne sais même pas si lui-même aurait été prêt à témoigner. En revanche, considérer que c’est « orienté » simplement en se basant sur son absence me paraît abusif. Toutes les personnes interrogées ont vécu la genèse de la version 1.0 (en dehors de Yoshida bien sûr) et ont donc un message qui porte sur ce sujet (en particulier Koji Fox, qui dit des choses très pertinentes sur la mentalité de Square Enix de l’époque). Et d’ailleurs, ça n’empêche pas non plus Yoshida de dire des choses qui peuvent sembler peu « corporate » à propos de la version 1.0 et même de la mentalité de Square Enix à ce moment-là, où il sous-entend clairement que l’éditeur a commis une erreur en concentrant tous ses meilleurs talents sur Crystal Tools au détriment des autres projets (mon article sur le développement de Versus l’évoque aussi). Le documentaire m’a semble authentique dans le sens où les intervenants décrivent plutôt bien les sentiments qu’ils avaient à l’époque des différents faits, sans compter le fait que Square Enix aurait très bien pu vouloir dissimuler totalement ce qu’il s’est passé entre FFXIV 1.0. et 2.0 maintenant que FFXIV est une réussite. D’où l’importance de ce qui est dit dans la 3e partie du documentaire : que le souvenir de l’échec de FFXIV 1.0 doit être entretenu, pour ne pas faire deux fois la même erreur.

      • Gruic

        Je reçois bien mieux ce que tu entendais par là grâce à ce complément. Merci de l’avoir publié. Il faut néanmoins rester très méfiant sur la manière dont Yoshi-P est sans cesse montré avec sa cape de super-héros. Les choses sont plus compliquées.

        • Jérémie

          À l’époque de la transition, je faisais partie des plus méfiants à l’égard de Yoshida et du complexe du messie. Sa vision de FF, surtout, me laissait extrêmement perplexe. Mais depuis, j’ai pu constater que son jeu est une réussite à mon goût, que la crainte d’avoir des tartines de clichés de Final Fantasy n’était pas fondée, et que son équipe et lui ont quand même réussi une mission très difficile. Je sais qu’il suscite moins d’enthousiasme pour les joueurs hardcore de FFXIV à cause des différents contenus qu’il a expérimenté, mais je ne fais heureusement pas partie de cette catégorie.

          • Gruic

            Je me rappelle tout à fait avec quel désarroi j’avais accueilli ton interview de lui dans laquelle tu lui demandais justement quelles seraient les nouveautés de son FF et que ce dernier avait répondu le truc le plus bateau du monde pour Final Fantasy en parlant des guerriers de la lumière. C’était tellement tout sauf l’originalité que chaque numéro de FF doit présenter que j’en étais malade. En outre je sortais des différentes alpha/beta du jeu dans lesquels ses questionnaires à choix multiples étaient tellement orientés que le tout se voulait tout sauf démocratique. Là je viens de voir la première partie du documentaire de JV.com… c’est désastreux. Une fois de plus on attribue à FFXIV des qualités qui ne sont pas les siennes, en gommant volontairement tout ce que l’on doit à FFXI. Ce sont toutes ces manœuvres pour faire passer FFXIV pour ce qu’il n’est pas contre lesquelles je pense qu’il est important de se dresser.

            La pour le coup on d’accord, en comparaison, le documentaire que tu présentes ici était bien moins mensonger.

            Le FFXIV de Yoshi-P est un bon jeu. Mais il ne marche pas sur l’eau et ne coupe pas la mer en deux.

          • Jérémie

            Vous êtes en train de vous dresser contre une machine marketing de Square Enix contre laquelle on ne peut pas grand chose…

            En revanche, je vous trouve bien extrême. Je ne comprends vraiment pas cette histoire d’attribuer à FFXIV des qualités qui ne sont pas les siennes. Je trouve que c’est même très insultant pour les développeurs (mettons Yoshida de côté, je parle bien du reste de l’équipe, des gens qui s’investissent chaque jour dessus) qui ont certes dû reprendre fidèlement la recette basique des MMO façon WoW pour ARR (faute de temps et parce qu’ils avaient la nécessité de travailler sur une formule qui marche) mais qui ont créé leur propre environnement de jeu. Même quand on réfléchit à FFXI, il est certain qu’il y a une filiation spirituelle, mais FFXIV a clairement son identité propre (son écriture spontanée et étrangement riche en humour me semble très différente de ce que faisait FFXI en son temps).

            J’ai été tout autant consterné par le caractère réducteur de la communication à propos de « l’esprit FF dans FFXIV » pendant la campagne promotionnelle d’ARR. Mais c’était il y a 4/5 ans, et depuis, il y a eu le jeu et deux extensions. Et s’il est vrai qu’il y a des choses superficielles, je suis dans l’obligation d’admettre que l’intégration des éléments des anciens FF est le plus souvent très soignée, avec une vraie attention apportée à la cohérence de la fiction globale d’Éorzéa. (J’ai été impressionné par la lecture du livre Encyclopedia Eorzea, le travail sur l’univers et les détails est remarquable, sans doute l’un des plus poussés dans la série ; et ça, c’est FFXIV qui se l’est constitué lui-même.)

            Nous sommes d’accord : FFXIV n’est pas un jeu d’invention (et ce qu’il a tenté d’inventer en termes de gameplay s’est souvent assez mal fini si j’ai bien compris, avec le Diadème par exemple), mais ce n’est pas pour ça qu’il faut le traiter comme s’il était un usurpateur. Se dresser contre le marketing enchanteur qui transforme une grave crise de Square Enix en une grande leçon de vie et d’humilité est en effet nécessaire, car c’est grotesque (et le risque que ça recommence est bien là, salut le remake), mais je considère que le jeu tel qu’il est aujourd’hui ne doit pas être tenu responsable de ces débordements. En tout cas personnellement, je tiens à dissocier les œuvres concrètes du battage qui les entoure.

          • Gruic

            Comme de coutume, j’ai beaucoup apprécié lire cette réponse et je te remercie de l’avoir formulé.

            « Je ne comprends vraiment pas cette histoire d’attribuer à FFXIV des qualités qui ne sont pas les siennes » = c’est exactement ce que certaines presses et joueurs font régulièrement, comme ce nouveau reportage de JV.
            « Quand un RPG se transforme en MMORPG » ou « comment transférer un univers aussi étendu que FF dans un MMO ? ». En tant que vieux joueur de FFXI, je me sens négligé et oublié pour avoir consacré tant d’années à jouer à un jeu dont le seul tort a été d’être en avance sur son temps.

            Ce n’est bien évidemment pas contre l’équipe que j’ai une dent (d’ailleurs Yoshi-P parle de FFXI et il est fan de X-Files, c’est donc forcément un gars bien), mais contre tous les raccourcis qui finissent par faire croire aux gens que FFXIV a inventé le MMORPG sauce Final Fantasy. Ce n’est pas vrai.

            Toi Jérémie, mais aussi Bastien et tous les acteurs de qualité qui jouent un rôle sur la scène française de notre saga : vous n’êtes pas si nombreux. En démocratisant ce genre de documentaires sur le « marketing enchanteur », en parlant de blanc ou de noir (le documentaire utilise le mot « catastrophique » pour parler du lancement de FFXIV quand-même, qui est extrême ici ?) par raccourcis et atténuant les teintes de gris… le jour ou vous ne serez plus là, la saga FF ne sera plus que l’image que ces médias renverront. Je trouve ça inquiétant.

            C’est flatteur pour votre travail, certes, et on espère que vous serez toujours là, mais dans le cas contraire c’est très inquiétant.

          • Gruic

            Une fois de plus merci d’avoir pris le temps de rédiger cette réponse. Depuis l’arrêt du regretté FF memories, toi et Bastien êtes les seuls que je lis encore avec plaisir.
            Malheureusement, tous les organes de presse n’ont pas votre manière de procéder, et je m’inquiète du jour ou on ne trouvera plus que du « marketing enchanteur ». Car ce nouveau documentaire de JV, c’est exactement de ça qu’il s’agit. Lorsqu’il est dit texto que « les premiers pas de FFXIV furent catastrophiques », qui ici est extrême ? Qui ici s’attaque à l’équipe de développement ?
            S’ensuit de très lourds et dangereux raccourcis que l’on entend de plus en plus. C’est bien simple, on nous présente FFXIV comme celui qui a su « transférer un univers aussi étendu que FF dans un MMORPG », alors que FFXI le fait juste depuis 15 ans maintenant. En tant que vieux joueur de FFXI, je me sens biaisé et oublié. C’est en ce sens que je dis que l’on attribue à FFXIV des qualités qui ne sont pas les siennes. Il n’a pas inventé le FF MMO. Il n’a pas inventé le MMO cross plate-forme non plus au passage. Ce documentaire intervient quelques mois à peine après que ce même site ait publié un concours erroné qui invitait les lecteurs à choisir comme bonne réponse que FFXIV était le premier Final Fantasy en ligne.

            Je te concède tout à fait que certaines de mes phrases manquent de retenue et que je suis aigri par la situation. Mais cette altération de la vérité existe bel et bien. Je la trouve de plus en plus prononcée et je m’inquiète pour son impact sur l’avenir de notre saga.

          • Jérémie

            Une fois de plus, Disqus définit en spam des messages qui ne le sont pas. C’est pour ça que le premier a disparu. Pardon pour le dérangement !

            Pour le reste, je suis d’accord : FFXI est un jeu pionnier qui est injustement ignoré. J’y ai joué il y a une dizaine d’années mais ai dû arrêter pour des raisons matérielles, mais j’aimerais bien m’y remettre un de ces jours, pour me replonger dans cet univers que j’aime beaucoup.
            Mais j’aime aussi beaucoup FFXIV et je me refuse à lui en vouloir sous le simple prétexte que Square Enix invente une belle histoire autour du jeu !

            Je comprends très bien que vous soyez blasé à cause de ça. Mais pour moi, ce n’est pas la faute du jeu tel qu’il existe désormais, tout ça.

            PS : merci pour la fidélité au site !