Critique : Brotherhood: Final Fantasy XV

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On pouvait légitimement se méfier de l’éparpillement de Final Fantasy XV en plusieurs projets multimédias, tant il était aisé d’imaginer que chaque produit séparé serait le résultat d’un contenu arraché au jeu principal. C’est d’un tel procédé qu’est né Kingsglaive, qui par chance a réussi à être un film spectaculaire jouant très bien son rôle de prologue. Mais qu’en est-il alors de cette série animée, Brotherhood, d’abord diffusée gratuitement sur Internet puis proposée sur un disque bonus dans l’édition métal de Kingsglaive ?

Sur le papier, il faut bien reconnaître que l’idée de raconter la jeunesse des quatre personnages principaux sous cette forme est tout à fait pertinente, tant la thématique de la camaraderie et le parfum de nostalgie des jeunes années se prêtent à merveille à l’esprit des animés japonais. En version disque, le Brotherhood qu’on a pu découvrir au fur et à mesure sous la forme de cinq épisodes de courte durée sur Internet devient en réalité une sorte d’OAV d’un peu plus d’une heure, ce qui donne un peu plus de consistance et de cohérence à l’ensemble. Les épisodes déjà distribués sur Internet sont alors entrecoupés par de courtes séquences inédites mettant en scène Luna et rebondissant sur le sujet traité dans l’épisode précédent, mais ces scènes ont en réalité un intérêt très faible. Seule la discussion entre Gentiana et Luna apporte des pistes intéressantes sur l’histoire du jeu et sur le destin qui attend les deux fiancés.

Les épisodes 1 et 5, qui sont vaguement consacrés à Noctis et n’ont qu’une minuscule intrigue tirée par les cheveux, servent de grand enrobage aux trois épisodes qui font la véritable valeur de Brotherhood, consacrés successivement à Prompto, Gladiolus et Ignis. Prenant pour base le road trip de FFXV, ils puisent chacun dans les péripéties des héros à l’époque du jeu pour déclencher des flashbacks montrant des fragments de vie de leur adolescence à Insomnia, la capitale de Lucis. Mais à raison d’une quinzaine de minutes en moyenne par épisode, il était difficile de raconter des récits longs et élaborés, et cette limite se ressent particulièrement avec Prompto. C’est d’ailleurs son histoire, et tout particulièrement le fait qu’il était en surpoids, qui a encouragé le producteur Akio Ôfuji à initier le projet Brotherhood. Si le sujet de l’image de soi chez les adolescents est très bien trouvé, et se démarque clairement par son originalité, il finit pourtant par être traité de manière trop superficielle, faute de temps.

C’est que, des trois amis de Noctis, Prompto est celui qui est arrivé le plus récemment dans sa vie. Le fait que Gladiolus et Ignis entretiennent avec lui un lien plus durable et sérieux donne lieu à deux épisodes plus aboutis, de loin les plus intéressants. Ils placent plutôt bien les enjeux pesant sur les épaules du jeune prince, et le rôle de ses amis dans le jeune homme qu’il est devenu. D’abord un gamin arrogant mais au grand cœur dans l’épisode de Gladiolus, il devient un ado fainéant vite rattrapé par la lourde tâche qui l’attend dans celui d’Ignis ; le plus réussi des deux, qui pose qui plus est quelques fondements de la situation géopolitique de FFXV. Si les histoires en elles-mêmes sont assez anecdotiques, Brotherhood a pour avantage de distiller de petits détails qui permettent de mieux comprendre et appréhender les personnages, et de mieux mesurer la nature de leurs relations. Il reste maintenant à savoir si cela enrichira le jeu, comme nous l’a promis Ôfuji.

Bien que gratuite, la série n’en reste pas moins soignée graphiquement et musicalement. Conçue par le studio A-1 Pictures et réalisée par Sôichi Masui, elle est très fidèle à la direction artistique du jeu et se permet même de la compléter. Il faut dire que nous n’aurons sans doute jamais l’occasion de visiter Insomnia avant les ravages de l’invasion impériale, et que les différents aperçus offerts par Brotherhood sont donc à prendre comme autant de témoignages valides de l’univers étendu de FFXV. À ce titre, l’épisode de Prompto donne un aperçu inédit des quartiers résidentiels d’Insomnia, qui ressemblent parfaitement à ceux des métropoles nippones, et s’inscrivent ainsi on ne peut plus naturellement dans l’esthétique des séries animées japonaises. Quant à la bande originale de Yasuhisa Inoue et Susumu Akizuki, elle compte peu de morceaux, mais tous sont magnifiques. Les pistes orchestrées, et tout particulièrement la reprise d’un des thèmes de combat de FFXV, sont d’une beauté d’autant plus notable quand on les compare à la bande-son insipide de Kingsglaive.

La question reste alors en suspens : les événements de Brotherhood auraient-ils pu être intégrés et racontés directement dans le jeu ? Sans doute pas sans en casser le rythme, car FFXV ne semble clairement pas se baser sur des événements passés pour faire avancer son intrigue. À choisir, il est sans doute préférable d’avoir un projet parallèle tel que celui-ci au lieu de simples résumés dans un menu du jeu ou d’allusions peu explicites au détour d’une discussion entre les personnages. Le choix de représenter ces moments de vie en utilisant le format d’une série d’animation à la japonaise insuffle qui plus est une vraie humanité et une vraie sensibilité aux personnages, non sans quelques moments d’humour bienvenus. C’est sans compter sur la présence unique des voix japonaises, qui ne peuvent que ravir les puristes ; tout juste peut-on regretter un nombre assez anormal de fautes dans les sous-titres en français, notamment dans l’épisode de Ignis, et le fait que le commentaire audio disponible sur la version disque n’est pas du tout sous-titré.

Si, en apparence, Brotherhood semble plus dispensable que le film Kingsglaive, la série est suffisamment courte et bien rythmée pour constituer un ajout agréable et utile en attendant l’arrivée de FFXV. Les trois projets forment en vérité ce qui semble être le triptyque essentiel pour apprécier au mieux ce nouvel univers. À ce titre, il est tout à fait conseillé de regarder Brotherhood avant de commencer le jeu, car la série se concentre sur le passé et ne dévoile, en fin de compte, aucune information sensible.

Les cinq épisodes Brotherhood: Final Fantasy XV sont disponibles sur YouTube gratuitement (ci-dessous), ainsi que dans l’édition métal de Kingsglaive: Final Fantasy XV.

Épisode 1 : Avant la tempête
– Épisode 2 : Un joggeur sachant jogger
Épisode 3 : Épée et bouclier
– Épisode 4 : Souvenirs aigres-doux
Épisode 5 : La chaleur de la Lumière

  • RockJensen 34

    Sympa cet article sur Brotherhood!
    Comme beaucoup, j’avais suivi les épisodes en individuel sur YouTube sans les petites scénettes du Bluray. J’ai trouvé l’assemblage final vraiment sympa même si cela n’apporte pas grand chose et permet surtout la transition entre chaque épisode. La réalisation globale est de qualité et quand j’ai su que le studio A-1 était au commande, je n’avais aucune inquiétude pour le traitement graphique, il n’y a qu’a regarder la série Black Buttler pour s’en convaincre.
    Le combo Kingslaive / Brotherhood offre vraiment deux expériences bien différentes et déclenchent un intérêt certain pour cet univers. Square a vraiment bien bosser, on attend qu’une chose, pouvoir se plonger et découvrir en profondeur la grande épopée qui nous attend en fin de mois pro! Vivement.

  • nikos29

    critique très intéressante de Brotherhood.

    En effet, l’animé est innocent en termes de spoils et permet de commencer à nous attacher aux personnages (tout particulièrement aux trois compères de Noctis). Clairement à regarder avant de jouer. Square enix aurait d’ailleurs pu inclure un disque bonus dans toutes les éditions du jeu contenant Brotherhood ou au moins inclure un lien internet dans l’écran-titre du jeu pour informer les newbies de l’existence de cet animé.

    Les scènes bonus ne servent pas à grand chose sauf comme relevé dans l’article le dialogue entre Luna et Gentiana sur une prophétie énigmatique. Autre chose qui n’a pas été relevé dans l’article, mais j’ai bien aimé revoir la scène de la fuite de Régis, Noctis et Luna suite à l’attaque de Tenebrae, que l’on peut voir dans l’intro de Kingsglaive mais cette fois en version animé tout en apportant un plus (les pensées de Luna à ce moment là).

    Il serait d’ailleurs intéressant que d’autres scènes suivent le même traitement, je pense notamment à l’attaque de Noctis dans son enfance par ce « monstre-serpent » que j’espère revoir dans le jeu sous un autre angle…

  • Peverell

    Belle critique avec laquelle je suis totalement en phase. Je pense aussi que l’épisode sur Ignis est le meilleur, nous montrant pleinement ce que Nomura entendait par retranscrire les nuances du comportement humain. Cela n’augure que du bon pour le jeu, et personnellement je n’ai à aucun moment eu l’impression que la série empiétait sur des histoires potentiellement « racontables » par ce dernier. Les Final Fantasy ont toujours eu des backgrounds conséquents et c’est au mérite de Square de nous les faire découvrir autrement que dans les menus ou dans des guide book. A titre d’exemple, l’épisode X aurait tellement mérité une série pareille sur les évènements qui se sont déroulés 1000 ans avant le début du jeu…