Test : NieR

NieR-Logo Editeur : Square Enix
Développeur : cavia
Support : PlayStation 3, Xbox 360
Genre : Action RPG
Dates de sortie :
– Japon : 22 avril 2010
– Amérique du Nord : 17 avril 2010
– Europe : 23 avril 2010
Sites officiels : japonais, occidental

« Les apparences sont souvent trompeuses », nous annonce la jaquette de NieR. Est-ce la vérité, ou simplement un moyen de se prémunir contre les critiques ? S’il s’agit bien de la deuxième solution, alors ça n’a pas marché. Les apparences ont trompé. Depuis qu’il a été dévoilé, ce jeu surprenant à plus d’un titre n’a malheureusement jamais pu cacher son grand point faible : sa technique d’un autre âge. Attendez une minute. Un jeu étonnant dont la partie technique est en retard sur son temps, ça me dit quelque chose. Drakengard, c’est bien ça ? Quand NieR a été dévoilé, on a cru y trouver une suite spirituelle de cette série aussi imparfaite que fascinante. Concrètement, NieR raconte une histoire complètement différente, beaucoup moins folle, mais il existe bien une ressemblance plus abstraite. On reconnaît, derrière cette technique désuète, la marque du créateur sincère, dont l’ambition se moque bien des habillages d’apparat. Ce constat passé, le joueur avisé, lavé de sa mauvaise foi, est prêt à accueillir un jeu attachant.

Certes, NieR n’a rien d’un aboutissement graphique. Mais il serait bien imprudent pour le joueur aux yeux remplis d’étoiles trompeuses de l’accuser de laideur. Les visuels sont simples, les décors dépouillés et souvent crénelés, l’éclairage parfois violent, pourtant la direction artistique possède une douceur attirante, et les ralentissements sont extrêmement rares. Les mécaniques du jeu et de combat sont sommaires mais, en contrepartie, les développeurs offrent une grande variété de styles qui ressemblent, pour la plupart, à d’astucieux hommages à d’autres jeux : alors que l’on se balade sur une plaine immense dont la verdure et la lumière paisible rappellent Shadow of the Colossus, on est soudain pris en chasse par des ombres façon Sans-cœur de Kingdom Hearts avant de devoir, finalement, naviguer entre le mur de balles à la Dodonpachi qu’émet l’une d’entre elles. Cela peut sembler superficiel, mais la nature même du jeu ne se limite pas à une suite de clins d’œil.

A vrai dire, on n’est pas toujours sûr d’avoir affaire à une référence, mais cela n’empêche en rien NieR de célébrer, par ce parfum de déjà vu, la richesse du jeu vidéo que nous aimons tant. Lorsqu’un jeu multiplie les genres, le risque est grand de s’éparpiller, de ne gratter que la surface d’un système de jeu. Bien sûr, le résultat est inégal, notamment lors des phases de plateforme peu précises, mais la diversité que l’on obtient en échange offre une vraie fraîcheur. Le principal souci est que l’univers est finalement assez petit, et que l’on a vite fait le tour de la région. Les allers et venues incessantes pour terminer les nombreuses quêtes ne démentent pas ce sentiment. En contrepartie, les séquences les plus passionnantes sont certainement les passages littéraires, comparable aux extraits de roman dans Lost Odyssey. C’est une sensation étrange, de se trouver à lire un long texte sur l’écran de sa télévision, mais les dialogues sont parfois extrêmement poignants. La traduction française s’y révèle particulièrement soignée, et l’accompagnement musical saisit par sa force.

L’accompagnement musical… NieR ne serait rien sans lui. Lorsqu’un jeu timide se présente et que sa partition est aussi exceptionnelle, la première réaction est un soupir. Un soupir pour les jeux qui n’y ont pas eu droit. Il y a tant de grosses productions dont la bande originale est transparente, expédiée en fin de développement, fade copie d’une musique de film. Pourtant, il ne suffit pas de grand chose pour que la passion d’un compositeur, ce désir d’élégance, transforme cette partie souvent négligée en un élément tellement essentiel qu’il porte le reste. C’est vrai. Le jeu n’aurait pas été aussi attirant sans ses ballades enivrantes, ses complaintes déchirantes, ses thèmes de combat dramatiques, ses chorales mystiques… sans la voix magique d’Emi Evans, une anglo-japonaise qui a imaginé certaines langues actuelles telles qu’elles seraient dans un lointain avenir. On évolue ainsi entre mystère et familiarité, comme si l’univers gagnait encore en profondeur grâce simplement à ses chansons. Le compositeur Keiichi Okabe et ses associés n’ont pas fait le strict minimum, comme tant d’autres. Ils ont fait le maximum et plus encore, et le monde de la musique de jeu vidéo tout entier leur est reconnaissant.

L’intensité de la musique profite bien sûr au scénario, qui est l’aventure d’un père pour sauver sa fille atteinte d’une maladie incurable. Il est rare que les jeux vidéo racontent une histoire d’amour paternel dans toutes ses contradictions, entre l’affection naturelle et le désir de ne jamais décevoir son enfant. NieR, bien que dramatique en apparence, est précisément basé sur cet équilibre entre séquences déchirantes et dérision. Cette sensation a pour source principale les personnages hauts en couleur, notamment le délicieux Grimoire Weiss et son doublage anglais mordant. Mais l’équilibre entre le sérieux et l’humour ne pouvait suffire à démarquer NieR de n’importe quel RPG. Ainsi, quiconque a terminé le jeu une première fois ne peut en aucun cas affirmer l’avoir réellement fini. Il faut cheminer jusqu’à la deuxième fin pour comprendre, pour être vraiment bouleversé. S’il est regrettable qu’une grande partie de l’univers pourtant fascinant du jeu ne soit pas clairement décrit dans le jeu mais uniquement dans un guide japonais, les émotions qu’inspirent le cheminement B sont extrêmement précieuses.

NieR est un jeu manifestement imparfait, trop rigide sans doute, mais sincère et généreux. L’investissement du réalisateur Tarô Yokô dans l’univers du jeu et son ambiance a infiniment plus d’ampleur que d’autres jeux plus attirants à l’œil. En fin de compte, au bout de ses 30, 40 heures de durée de vie, on se sent bien plus heureux de féliciter ce jeu maladroit de ses ambitions que de le punir de sa finition moyenne. On admet ses défauts évidents, pourtant on a chaud au cœur quand ses sons et images nous reviennent en tête ; sa bande originale hypnotisante elle-seule suffit à le transporter vers un autre monde. Triste état que celui du testeur qui refuse de citer des défauts tant ceux-ci ne l’ont pas empêché de savourer une œuvre d’auteur. Les instants d’émotion et les mélodies passionnantes valent infiniment plus que des mécaniques rouillées. Oui, NieR n’est pas exactement la vitrine de la nouvelle génération, mais oui, cent fois oui, les apparences sont trompeuses.

Points forts Points faibles
– Musiques exceptionnelles
– Une histoire aux moments poignants
– Des phases de jeu variées et originales
– Beaucoup d’activités secondaires
– Des hommages qui font plaisir
– Techniquement simpliste
– Un monde dont on fait vite le tour
– Des quêtes répétitives
– Certaines phases peu maniables
Note globale 7/10

Contenu téléchargeable « Le monde des vaisseaux vacants »
Le premier DLC de NieR, malheureusement, est assez décevant. A vrai dire, payer 7 euros pour un contenu que d’autres jeux proposeraient d’office est très discutable. Il s’agit d’une nouvelle quête, une série de combats au cours desquels il est possible d’incarner Nier jeune, soit le personnage principal de la version Replicant sortie uniquement au Japon. Les graphismes perdent leur douceur originale au profit d’un monde consumé, aux contrastes violents, et la musique consiste en des remixes électroniques des thèmes originaux. Un défi furieux aux récompenses modestes, mais cher payé tout de même.